Certaines choses insupportables naissent du partage.
Je suis en train de souper. D'une main, je parcours distraitement mon fil Facebook. Au milieu du ressac de vidéos, de photos et de propos, quelqu'un a cru bon de partager un jeu vidéo. Sa brève critique est édifiante et, tiens donc, j'ai justement quelques minutes à tuer. Convaincu, je hausse les sourcils et d'une innocente pression j'ouvre un onglet sur ce qui aura finalement condamné ma soirée.
Clic!
Comme d'habitude, le principe est machiavéliquement simple, l'apparence épurée et invitante.
Il suffit de dessiner un trait qui entre dans une pièce, parcourt toutes ses tuiles et ressort par une autre porte. L'idée évoque certains algorithmes classiques, et l'expérience apaisante s'exécute merveilleusement bien sur mon ordinateur comme sur mon téléphone portable, chose surprenante pour un Blackberry Z10 xénophobe et chauvin. Je me lance.
Après quelques niveaux, la difficulté augmente. Peu importe la candeur du jeu de puzzle, elle augmente toujours, la teigne. Je me souviens avoir involontairement sorti la langue.
Allez-y, essayez. J'en suis au niveau 10 et incapable d'en venir à bout. Une main empoigne mes cheveux, l'autre renonce rapidement à ses ongles, sous mon front plissé deux yeux exorbités cherchent désespérément la solution unique. Voûté devant l'écran, je me pétrifie tranquillement, maudissant le partage de ce jeu de labyrinthe si bien foutu.
J'ai assisté à des frustrations terribles devant des jeux de tir, de course et même de danse, mais il semble que les plus insidieuses d'entre elles soient reliées à des jeux de puzzle. J'hésite à fournir mes exemples, je préfère entendre les vôtres.
Quel est donc le meilleur jeu de puzzle? Et parallèlement, êtes-vous venus à bout d'Alcazar?
8.10.14
1.10.14
1128. TDG: Quel jeu vidéo est le plus agréable à regarder?
Après une longue marche dans la pluie froide, les bourrasques indécises et la noirceur inquiétante, j'aperçois la façade de mon logement. Transi, je me faufile à l'intérieur, les dents serrées.
Mon colocataire est affalé dans la pénombre, le téléviseur lui bleuissant les traits. Il me marmonne une phrase de bienvenue, yeux vitreux rivés sur The Elder's Scroll:Skyrim.
Je suspends mon manteau, retire mes bottes et je pose mes effets. C'est un automatisme: je le rejoins sur le divan et tranquillement j'adopte sensiblement le même faciès détendu que lui.
À l'écran, le personnage de mon colocataire marche difficilement dans l'hiver. Un vent lancinant se fait entendre, la nuit est tombée. Je me sens déjà passablement réchauffé.
Les heures passent, j'endosse placidement tous les gestes posés, toutes les répliques, toutes les erreurs. Sans sourciller, j'assiste plusieurs fois à la mort du protagoniste devant un ennemi coriace.
J'en viens presque à admettre que je préfère regarder quelqu'un jouer que de jouer moi-même. En fait je m'assume: je préfère définitivement regarder. Je ne saurais pas expliquer l'émotion ressentie: un mélange d'esprit de connivence et de schadenfreude discret. Toujours est-il que hormis quelques jeux où mon orgueil est trop fort, je n'hésite pas à céder ma place.
Je ne suis pas le seul: des milliers de spectateurs justifient l'existence de vidéos "Let's Play", où on assiste au parcours d'un joueur sans interagir soi-même. On n'a qu'à songer à la grande popularité des diffusions de joutes de Starcraft 2 pour admettre que le spectacle vaut souvent l'expérience du jeu en soi.
Ceci dit, connaissez-vous des jeux qui sont particulièrement agréables à regarder? Quel est le jeu qui offre le meilleur divertissement au spectateur, aux dépends du joueur ou non?
Mon colocataire est affalé dans la pénombre, le téléviseur lui bleuissant les traits. Il me marmonne une phrase de bienvenue, yeux vitreux rivés sur The Elder's Scroll:Skyrim.
Je suspends mon manteau, retire mes bottes et je pose mes effets. C'est un automatisme: je le rejoins sur le divan et tranquillement j'adopte sensiblement le même faciès détendu que lui.
À l'écran, le personnage de mon colocataire marche difficilement dans l'hiver. Un vent lancinant se fait entendre, la nuit est tombée. Je me sens déjà passablement réchauffé.
Les heures passent, j'endosse placidement tous les gestes posés, toutes les répliques, toutes les erreurs. Sans sourciller, j'assiste plusieurs fois à la mort du protagoniste devant un ennemi coriace.
J'en viens presque à admettre que je préfère regarder quelqu'un jouer que de jouer moi-même. En fait je m'assume: je préfère définitivement regarder. Je ne saurais pas expliquer l'émotion ressentie: un mélange d'esprit de connivence et de schadenfreude discret. Toujours est-il que hormis quelques jeux où mon orgueil est trop fort, je n'hésite pas à céder ma place.
Je ne suis pas le seul: des milliers de spectateurs justifient l'existence de vidéos "Let's Play", où on assiste au parcours d'un joueur sans interagir soi-même. On n'a qu'à songer à la grande popularité des diffusions de joutes de Starcraft 2 pour admettre que le spectacle vaut souvent l'expérience du jeu en soi.
Ceci dit, connaissez-vous des jeux qui sont particulièrement agréables à regarder? Quel est le jeu qui offre le meilleur divertissement au spectateur, aux dépends du joueur ou non?
23.9.14
1129. TDG: Quel est le meilleur ou le pire film inspiré d'un jeu vidéo?
Avec l'arrivée de l'automne, je suis très heureux de reprendre la barre de la question de la semaine avec l'équipe de Tous des Gamers. Ceci dit, celle d'aujourd'hui élude les jeux vidéos pour s'intéresser plutôt aux meilleurs et aux pires films inspirés de l'industrie vidéoludique.
Cette question me trotte d'ailleurs dans la tête depuis quelques semaines. D'emblée, je me souviens de l'ignoble film "Super Mario Bros" paru en 1993. C'était d'après moi une tentative désespérée d'agglomérer l'univers déjanté de la franchise de Nintendo avec un New York suintant l'intrigue mièvre et les années 90 criardes. J'en mets beaucoup: j'ai tout de même une envie malsaine de visionner à nouveau cette désespérante blague de cent quatre minutes.
J'ai ensuite pris un moment pour m'arrêter et songer aux différentes compagnies de jeux qui ont convaincu des producteurs de s'impliquer dans leurs histoires. Avec le soin apporté à la trame narrative de certaines franchises plus récentes (The Last of Us et Heavy Rain me viennent en tête), je réalise que la zone devient de plus en plus grise entre les médias passifs et interactifs.
À ma grande surprise, la liste de films inspirés de jeux vidéos est d'ailleurs plutôt longue: vous serez d'ailleurs surpris de constater ce que l'industrie du cinéma a dans sa manche pour les années à venir (un film d'Angry Birds en 2016? Vraiment?).
Cet été, j'ai surmonté mon préjugé sur ces longs métrages "hybrides", qui d'après moi s'enlisent toujours dans leurs compromis envers leurs homologues interactifs. J'ai visionné "Need for Speed", sans grandes attentes et vaincu d'avance par la sauce hollywoodienne. Ma foi, j'ai passé un bon moment au milieu des poursuites automobiles et des cascades, j'irais jusqu'à dire que l'association avec le nom d'un jeu de course célèbre a verni davantage l'expérience.
J'en conviens, "Need for Speed" n'est pas tout à fait un chef d'oeuvre, mais je demeure curieux de découvrir un film basé sur un jeu vidéo qui a su miser juste. Avez-vous la réponse? Sinon, en connaissez-vous un qui soit vraiment, mais vraiment très mauvais, prouvant que les deux concepts soient tout à fait insolubles?
Au plaisir de vous lire!
Cette question me trotte d'ailleurs dans la tête depuis quelques semaines. D'emblée, je me souviens de l'ignoble film "Super Mario Bros" paru en 1993. C'était d'après moi une tentative désespérée d'agglomérer l'univers déjanté de la franchise de Nintendo avec un New York suintant l'intrigue mièvre et les années 90 criardes. J'en mets beaucoup: j'ai tout de même une envie malsaine de visionner à nouveau cette désespérante blague de cent quatre minutes.
J'ai ensuite pris un moment pour m'arrêter et songer aux différentes compagnies de jeux qui ont convaincu des producteurs de s'impliquer dans leurs histoires. Avec le soin apporté à la trame narrative de certaines franchises plus récentes (The Last of Us et Heavy Rain me viennent en tête), je réalise que la zone devient de plus en plus grise entre les médias passifs et interactifs.
À ma grande surprise, la liste de films inspirés de jeux vidéos est d'ailleurs plutôt longue: vous serez d'ailleurs surpris de constater ce que l'industrie du cinéma a dans sa manche pour les années à venir (un film d'Angry Birds en 2016? Vraiment?).
Cet été, j'ai surmonté mon préjugé sur ces longs métrages "hybrides", qui d'après moi s'enlisent toujours dans leurs compromis envers leurs homologues interactifs. J'ai visionné "Need for Speed", sans grandes attentes et vaincu d'avance par la sauce hollywoodienne. Ma foi, j'ai passé un bon moment au milieu des poursuites automobiles et des cascades, j'irais jusqu'à dire que l'association avec le nom d'un jeu de course célèbre a verni davantage l'expérience.
J'en conviens, "Need for Speed" n'est pas tout à fait un chef d'oeuvre, mais je demeure curieux de découvrir un film basé sur un jeu vidéo qui a su miser juste. Avez-vous la réponse? Sinon, en connaissez-vous un qui soit vraiment, mais vraiment très mauvais, prouvant que les deux concepts soient tout à fait insolubles?
Au plaisir de vous lire!
11.6.14
1130. TDG: Quelle franchise de jeu vidéo voudriez-vous voir renaître?
Ma perception de la musique a changé au cours des années 2000.
À chaque chanson entendue à la radio, je percevais des flèches en surbrillance derrière mes paupières.
J'étais tombé dans la folie de Dance Dance Revolution.
Ainsi, plutôt que de me lancer dans de longues digressions sur l'univers des jeux de musique, je me remémore simplement une performance au vieux-port de Chicoutimi en 2006. On m'y voit accomplir la chorégraphie du niveau "MAX 300" à la difficulté maximale, et m'en tirer avec une note de "A".
J'ai essayé récemment de refaire l'exploit, sans succès. Ceci dit, à chaque fois que je trouve une antique machine d'arcade dans certains endroits reculés de la province, je tente ma chance. L'orgueil est une bien méchante créature.
En cette semaine de découvertes au E3, quel jeu voudriez-vous voir revenir d'entre les morts? Quelle franchise défunte voudriez vous voir avec les capacités d'aujourd'hui?
À chaque chanson entendue à la radio, je percevais des flèches en surbrillance derrière mes paupières.
J'étais tombé dans la folie de Dance Dance Revolution.
Ainsi, plutôt que de me lancer dans de longues digressions sur l'univers des jeux de musique, je me remémore simplement une performance au vieux-port de Chicoutimi en 2006. On m'y voit accomplir la chorégraphie du niveau "MAX 300" à la difficulté maximale, et m'en tirer avec une note de "A".
J'ai essayé récemment de refaire l'exploit, sans succès. Ceci dit, à chaque fois que je trouve une antique machine d'arcade dans certains endroits reculés de la province, je tente ma chance. L'orgueil est une bien méchante créature.
En cette semaine de découvertes au E3, quel jeu voudriez-vous voir revenir d'entre les morts? Quelle franchise défunte voudriez vous voir avec les capacités d'aujourd'hui?
4.6.14
1131. TDG: Quel est le meilleur jeu de course?
"Bon, il va falloir présenter un numéro devant un public blasé. Ton objectif sera de capter leur attention suffisamment longtemps pour éviter qu'ils zappent au prochain numéro. Essaie de faire quatre minutes."
L'amphithéâtre est bondé. Je suis nerveux mais confiant, j'ai le concept parfait pour égayer toute la salle pendant de longues minutes. C'est dans la poche.
On appelle mon nom. Je monte sur scène, nimbé d'un cône de lumière crue.
Au moment où je salue la foule, les immenses rideaux s'ouvrent à l'arrière et un projecteur puissant se met en marche.
Branché dans un système audiovisuel titanesque, la console émet une trombe de moteurs deux temps alors que le logo "Nintendo" tournoie.
Dans l'énorme salle de spectacle, "Welcome to Mario Kart" se fait entendre.
La foule exulte. Je frappe mon poing contre mon coeur et me proclame champion indétrônable de Mario Kart 64. Quiconque réussira à me vaincre ravira mon titre.
Je saisis un contrôleur tripode et m'installe sur une des quatre chaises soigneusement préparées.
Une légion d'aspirants se lève et se masse devant la scène. Trois élus sont choisis, ils s'installent.
Les voitures démarrent et la course s'annonce serrée. Serrée? Impossible! J'ai des décennies d'expérience. Je connais chaque recoin des pistes, chaque raccourci. Pourquoi le peloton est-il si contigu?
La réponse est qu'une surprenante quantité de gens sont experts à Mario Kart 64.
Au dernier tour, je brigue la première place mais je suis atteint par une infernale coquille de tortue, à quelques mètres de la ligne d'arrivée. Rageur, je suis debout et je condamne tous les saints du ciel alors que mon moteur geint vers la deuxième position.
Il aura fallu deux minutes quinze à ce terrible jeu pour me remettre à ma place. Flouée, la foule hue et demande de passer à autre chose.
Humilié, je suis allé dans la salle, ruminant ma prétention. Ceci dit, mon désarroi était alimenté par autre chose: j'avais tout bêtement eu du plaisir à jouer. Quelque part en moi, j'avais envie de courser encore, au diable le concours de popularité. La série Mario Kart a millésimé un cocktail d'endorphines parfait: celui d'apprécier la fin et les moyens en même temps.
Je doute fort qu'un meilleur jeu de course existe sur le marché, mais je cherche un avocat du diable qui saura me dire vers quel substitut me tourner. Quel est le meilleur jeu de course d'après vous?
L'amphithéâtre est bondé. Je suis nerveux mais confiant, j'ai le concept parfait pour égayer toute la salle pendant de longues minutes. C'est dans la poche.
On appelle mon nom. Je monte sur scène, nimbé d'un cône de lumière crue.
Au moment où je salue la foule, les immenses rideaux s'ouvrent à l'arrière et un projecteur puissant se met en marche.
Branché dans un système audiovisuel titanesque, la console émet une trombe de moteurs deux temps alors que le logo "Nintendo" tournoie.
Dans l'énorme salle de spectacle, "Welcome to Mario Kart" se fait entendre.
La foule exulte. Je frappe mon poing contre mon coeur et me proclame champion indétrônable de Mario Kart 64. Quiconque réussira à me vaincre ravira mon titre.
Je saisis un contrôleur tripode et m'installe sur une des quatre chaises soigneusement préparées.
Une légion d'aspirants se lève et se masse devant la scène. Trois élus sont choisis, ils s'installent.
Les voitures démarrent et la course s'annonce serrée. Serrée? Impossible! J'ai des décennies d'expérience. Je connais chaque recoin des pistes, chaque raccourci. Pourquoi le peloton est-il si contigu?
La réponse est qu'une surprenante quantité de gens sont experts à Mario Kart 64.
Au dernier tour, je brigue la première place mais je suis atteint par une infernale coquille de tortue, à quelques mètres de la ligne d'arrivée. Rageur, je suis debout et je condamne tous les saints du ciel alors que mon moteur geint vers la deuxième position.
Il aura fallu deux minutes quinze à ce terrible jeu pour me remettre à ma place. Flouée, la foule hue et demande de passer à autre chose.
Humilié, je suis allé dans la salle, ruminant ma prétention. Ceci dit, mon désarroi était alimenté par autre chose: j'avais tout bêtement eu du plaisir à jouer. Quelque part en moi, j'avais envie de courser encore, au diable le concours de popularité. La série Mario Kart a millésimé un cocktail d'endorphines parfait: celui d'apprécier la fin et les moyens en même temps.
Je doute fort qu'un meilleur jeu de course existe sur le marché, mais je cherche un avocat du diable qui saura me dire vers quel substitut me tourner. Quel est le meilleur jeu de course d'après vous?
28.5.14
1132. TDG: Quel est le meilleur jeu de tir à la première personne?
La voiture s'arrête devant la façade éclairée. Je coupe le contact.
Elle est emballée et me prend la main. "J'ai tellement hâte de te présenter tout le monde!"
Le soir hâtif de janvier est tombé depuis longtemps. Mes pas crissent tranquillement dans la neige, le portail se rapproche.
Ce sera donc ma première soirée dans la belle famille. J'aimerais beaucoup savoir à quoi m'attendre, j'appréhende une évaluation en règle et je serre les dents. Notre relation opère depuis quelques semaines et je suis encore un total inconnu pour eux, je leur parais sans doute comme un misanthrope déviant ayant ravi leur précieuse représentante féminine.
Devant mon air tendu, ma copine rappelle que sa mère a une envie folle de me rencontrer. J'apprécie l'attention. Je sais par contre que deux frères et un père m'attendent.
Dépité, je me prépare à un procès patriarcal en règle, deux procureurs hargneux tournoyant autour du ténébreux chef de famille. La mienne comprend trois filles et un faible passé en sports d'équipe: si la conversation devient virile j'ai peu d'atouts.
La porte s'ouvre dans une grande clameur joyeuse.
"Bienvenue! Oh que je suis contente de te voir enfin!"
Tout le monde sourit. L'accueil chaleureux m'inonde d'endorphines, comme après un plongeon de quinze mètres. Une petite voix intérieure m'indique qu'une fondue chinoise m'attend, ce qui signifie conversations fournies.
La mère de ma copine travaille dans un centre de formation agricole. J'aurai en outre devant moi un mécanicien, un déménageur-bûcheron et le directeur d'un centre de rénovation. Avec mon profil en arts et mon physique de spaghetti de piscine, je n'en menais pas large.
Par contre, j'ai réalisé ce soir là que je possédais une arme très précieuse. Celle d'avoir beaucoup trop joué à Call of Duty.
Le souper débute et ma copine amorce la conversation. Les sujets sont concernent surtout la période des fêtes et les vacances. À un moment donné, on évoque la franchise mondialement connue d'Activision. Je me souviens d'avoir retenu mon souffle et d'avoir lancé cette phrase au plus jeune frère de ma copine: "Ah ouin, tu as Call of Duty? As-tu prestigé?"
"Prestiger", c'est éliminer suffisamment de joueurs adverses en ligne pour débloquer toutes les variantes d'armement disponibles. Le joueur a alors de choix de continuer avec son arsenal ou de recommencer avec un cran de "prestige", la manœuvre pouvant se répéter. Ces niveaux qualifiant les joueurs expérimentés permettent de faire de l'épate: on peut vite devenir intimidant avec de nombreux crans successifs et une cracheuse automatique avec lunette de tir.
Son sourire apparaît. Il avait effectivement "prestigé". Mes tensions m'ont quitté, le monde interlope du gaming avait réuni deux représentants autour de minces lanières de bœuf. Le sujet en a amené un autre, puis un autre, puis j'ai porté un toast et la soirée était réussie. Ma copine était ravie, je faisais des blagues et me sentais à ma place. Je n'ai jamais vécu de gêne en leur présence par la suite.
Certains pourraient dire bien du mal de Call of Duty. C'est un jeu à plus forte raison répétitif d'une itération à l'autre, résolument violent et garni d'une communauté de joueurs souvent haineux.
Mais ce fleuron du tir à la première personne m'a ironiquement permis de jeter les bases d'une relation amoureuse stable. Bon gré mal gré, c'est mon jeu de tir à la première personne préféré.
En passant, je n'ai jamais prestigé. Je suis plutôt mauvais en fait, je ne fais que des "Special Ops", une variante qui n'implique pas de concurrence. Mais bon, hein, ne le dites pas.
Quel est d'après vous le meilleur First Person Shooter?
Elle est emballée et me prend la main. "J'ai tellement hâte de te présenter tout le monde!"
Le soir hâtif de janvier est tombé depuis longtemps. Mes pas crissent tranquillement dans la neige, le portail se rapproche.
Ce sera donc ma première soirée dans la belle famille. J'aimerais beaucoup savoir à quoi m'attendre, j'appréhende une évaluation en règle et je serre les dents. Notre relation opère depuis quelques semaines et je suis encore un total inconnu pour eux, je leur parais sans doute comme un misanthrope déviant ayant ravi leur précieuse représentante féminine.
Devant mon air tendu, ma copine rappelle que sa mère a une envie folle de me rencontrer. J'apprécie l'attention. Je sais par contre que deux frères et un père m'attendent.
Dépité, je me prépare à un procès patriarcal en règle, deux procureurs hargneux tournoyant autour du ténébreux chef de famille. La mienne comprend trois filles et un faible passé en sports d'équipe: si la conversation devient virile j'ai peu d'atouts.
La porte s'ouvre dans une grande clameur joyeuse.
"Bienvenue! Oh que je suis contente de te voir enfin!"
Tout le monde sourit. L'accueil chaleureux m'inonde d'endorphines, comme après un plongeon de quinze mètres. Une petite voix intérieure m'indique qu'une fondue chinoise m'attend, ce qui signifie conversations fournies.
La mère de ma copine travaille dans un centre de formation agricole. J'aurai en outre devant moi un mécanicien, un déménageur-bûcheron et le directeur d'un centre de rénovation. Avec mon profil en arts et mon physique de spaghetti de piscine, je n'en menais pas large.
Par contre, j'ai réalisé ce soir là que je possédais une arme très précieuse. Celle d'avoir beaucoup trop joué à Call of Duty.
Le souper débute et ma copine amorce la conversation. Les sujets sont concernent surtout la période des fêtes et les vacances. À un moment donné, on évoque la franchise mondialement connue d'Activision. Je me souviens d'avoir retenu mon souffle et d'avoir lancé cette phrase au plus jeune frère de ma copine: "Ah ouin, tu as Call of Duty? As-tu prestigé?"
"Prestiger", c'est éliminer suffisamment de joueurs adverses en ligne pour débloquer toutes les variantes d'armement disponibles. Le joueur a alors de choix de continuer avec son arsenal ou de recommencer avec un cran de "prestige", la manœuvre pouvant se répéter. Ces niveaux qualifiant les joueurs expérimentés permettent de faire de l'épate: on peut vite devenir intimidant avec de nombreux crans successifs et une cracheuse automatique avec lunette de tir.
Son sourire apparaît. Il avait effectivement "prestigé". Mes tensions m'ont quitté, le monde interlope du gaming avait réuni deux représentants autour de minces lanières de bœuf. Le sujet en a amené un autre, puis un autre, puis j'ai porté un toast et la soirée était réussie. Ma copine était ravie, je faisais des blagues et me sentais à ma place. Je n'ai jamais vécu de gêne en leur présence par la suite.
Certains pourraient dire bien du mal de Call of Duty. C'est un jeu à plus forte raison répétitif d'une itération à l'autre, résolument violent et garni d'une communauté de joueurs souvent haineux.
Mais ce fleuron du tir à la première personne m'a ironiquement permis de jeter les bases d'une relation amoureuse stable. Bon gré mal gré, c'est mon jeu de tir à la première personne préféré.
En passant, je n'ai jamais prestigé. Je suis plutôt mauvais en fait, je ne fais que des "Special Ops", une variante qui n'implique pas de concurrence. Mais bon, hein, ne le dites pas.
Quel est d'après vous le meilleur First Person Shooter?
21.5.14
1133. TDG: Quel est le meilleur jeu de rôle?
Extrait du journal intime de François, neuf ans:
Il faut dire que les miens se sont vite mis à imposer la doctrine stricte d'une heure d'écran par jour. Assis en tailleur devant la télévision, j'absorbais chaque seconde de cette période fugace, monopolisant plus souvent qu'autrement le temps alloué à ma grande sœur.
J'étais tellement captivé que je me dépêchais de cligner des yeux.
Les disputes fraternelles autour de la console furent mémorables. En dépit de ses deux manettes, le Super Nintendo a toujours été un artefact du monopole, souvent pour mon profit soigneusement manigancé.
La plus vive dispute concerne un cadeau encore plus terrible. Au mois d'août de cette même année, Super Mario RPG faisait une entrée ravageuse dans le clan familial.
Mes parents ont alors réalisé une surprenante percée dans ma dictature fraternelle. Ils ont offert ce joyau du jeu de rôle à ma grande soeur. Si je me souviens bien, elle avait accumulé suffisamment d'argent pour se l'offrir, mon père l'avait accompagnée au magasin. J'étais violet d'envie. Il me fallait cette cassette.
Pendant un bout de temps, j'ai accepté de la regarder jouer, notant d'un ton mielleux chaque faux pas dans l'aventure. Oh oui, j'étais vraiment un méchant petit bonhomme.
Après une trop courte période, ce qui devait arriver arriva. En son absence, j'ai débuté ma propre partie. Elle s'est présentée dans le salon, j'ai refusé de lui rendre la manette. C'était la fin d'une sournoise armistice pour céder la place à une terrible guerre silencieuse.
Le lendemain, en arrivant dans le salon pour l'heure de jeu, je remarque que la cartouche de jeu n'y est plus. J'ai décoché un regard assassin à ma grande sœur.
"Heille, elle est où la cassette de Super Mario Herrpéjé?"
"Je l'ai cachée."
Je ne l'ai pas trouvée. La chicane a atteint un niveau difficile à imaginer, les pages sur ce sujet sont d'ailleurs absentes dans mon journal. Je crois qu'elle en parle dans le sien; il me faudra lui demander si elle l'a encore.
Toujours est-il que j'ai fini par m'excuser. Dans sa grande miséricorde, ma grande sœur a récupéré le précieux objet dans son placard (j'avais pourtant regardé), nous avons convenu de continuer l'aventure ensemble. Après tout, la quintessence du divertissement qu'offre Super Mario RPG a fini par nous plonger dans la même transe délirante. Nous avions nos personnages préférés, nos musiques préférées, nos lieux bien à nous, le tout dans l'univers vaste et savamment scénarisé de cette pièce d'anthologie.
Je crois que nous sommes devenus un peu débiles, mais unis, ce qu'un jeu saccadé et violent n'aurait sans doute jamais accompli.
L'équilibre s'est rétabli dans le clan familial, du moins jusqu'à l'arrivée du Nintendo 64.
Quel est le meilleur jeu de rôle? Quel RPG vous a personnellement marqué?
C'est le soir, le dernier soir de 1996. On est allés à Québec souhaiter bonne année à toute la parentée(sic) . Le Bye-Bye 1995 était super drôle. Voici les cadeaux que j'ai eu(sic) : la cassette de François Pérusse tome 4 (Final), un pyjama, un super gros crayon, une tuque à la mode, un jeu légo (engin des cratères), un livre de la collection Spirou, vingt dollards(sic) , le jeu POG, mais ce qui est super, c'est qu'on a eu, moi et ma sœur UN SUPER NINTENDO!!! Alors voilà mes cadeaux. (le texte se termine sur le dessin d'un crocodile avec une casquette)Fermant cérémonieusement les pages de mon journal, j'observais alors la grosse boîte rectangulaire qui attendait placidement de remplir son rôle. La console de rêve était là, entrevue et enviée chez mes amis aux parents plus permissifs.
Il faut dire que les miens se sont vite mis à imposer la doctrine stricte d'une heure d'écran par jour. Assis en tailleur devant la télévision, j'absorbais chaque seconde de cette période fugace, monopolisant plus souvent qu'autrement le temps alloué à ma grande sœur.
J'étais tellement captivé que je me dépêchais de cligner des yeux.
Les disputes fraternelles autour de la console furent mémorables. En dépit de ses deux manettes, le Super Nintendo a toujours été un artefact du monopole, souvent pour mon profit soigneusement manigancé.
La plus vive dispute concerne un cadeau encore plus terrible. Au mois d'août de cette même année, Super Mario RPG faisait une entrée ravageuse dans le clan familial.
Mes parents ont alors réalisé une surprenante percée dans ma dictature fraternelle. Ils ont offert ce joyau du jeu de rôle à ma grande soeur. Si je me souviens bien, elle avait accumulé suffisamment d'argent pour se l'offrir, mon père l'avait accompagnée au magasin. J'étais violet d'envie. Il me fallait cette cassette.
Pendant un bout de temps, j'ai accepté de la regarder jouer, notant d'un ton mielleux chaque faux pas dans l'aventure. Oh oui, j'étais vraiment un méchant petit bonhomme.
Après une trop courte période, ce qui devait arriver arriva. En son absence, j'ai débuté ma propre partie. Elle s'est présentée dans le salon, j'ai refusé de lui rendre la manette. C'était la fin d'une sournoise armistice pour céder la place à une terrible guerre silencieuse.
Le lendemain, en arrivant dans le salon pour l'heure de jeu, je remarque que la cartouche de jeu n'y est plus. J'ai décoché un regard assassin à ma grande sœur.
"Heille, elle est où la cassette de Super Mario Herrpéjé?"
"Je l'ai cachée."
Je ne l'ai pas trouvée. La chicane a atteint un niveau difficile à imaginer, les pages sur ce sujet sont d'ailleurs absentes dans mon journal. Je crois qu'elle en parle dans le sien; il me faudra lui demander si elle l'a encore.
Toujours est-il que j'ai fini par m'excuser. Dans sa grande miséricorde, ma grande sœur a récupéré le précieux objet dans son placard (j'avais pourtant regardé), nous avons convenu de continuer l'aventure ensemble. Après tout, la quintessence du divertissement qu'offre Super Mario RPG a fini par nous plonger dans la même transe délirante. Nous avions nos personnages préférés, nos musiques préférées, nos lieux bien à nous, le tout dans l'univers vaste et savamment scénarisé de cette pièce d'anthologie.
Je crois que nous sommes devenus un peu débiles, mais unis, ce qu'un jeu saccadé et violent n'aurait sans doute jamais accompli.
L'équilibre s'est rétabli dans le clan familial, du moins jusqu'à l'arrivée du Nintendo 64.
Quel est le meilleur jeu de rôle? Quel RPG vous a personnellement marqué?
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